Mystery Venusian Arts REVELATION

Traduire, c’est très dur

Traduire un livre, c’est compliqué, en fait. J’ai toujours eu une dent contre les traducteurs, contre les doubleurs. Je ne connais pas leur métier, je ne sais pas vraiment comment ces gens travaillent. Ça a commencé en 1999, quand j’ai rencontré mes voisins.

Je gardais leur merveilleux petit garçon qui adorait passer de longues heures à jouer à la Playstation. J’avais le temps de regarder des DVD, en VOSTFR à l’époque, puis rapidement je suis passé à la VO sous-titrée en anglais pour améliorer mon oreille, pour l’habituer à coller des sonorités sur des lettres….

A mesure que le temps passait, je débusquais mes premières approximations dans les traductions. J’avais envie de m’indigner quand le traducteur ne rendait pas complètement le sens exact du mot, de la blague, de la référence culturelle.

En vieillissant, je commence à comprendre les problèmes que doivent affronter les traducteurs de séries, de livres, de films.

Je viens de passer plus de 100 heures à traduire un ouvrage américain, la nouvelle bible de la séduction américaine. Je dis la nouvelle parce que les deux premières, « L’Art de la séduction » de Robert Greene et « The Game » de Neil Strauss sont indétrônables.

S’il faut reconnaître à Robert Greene l’exhaustivité des recherches, Neil Strauss de son côté a braqué les projecteurs sur la communauté des séducteurs, qu’il avait infiltrée pour les besoins d’un papier avant de se prendre au jeu.

100 heures de boulot sur un dossier, ça m’a rappelé mes années de prépa. La nécessité d’une organisation quasi-militaire qui n’est pas dans ma nature profonde. Une montagne à casser pierre après pierre, ou ici, page après page.

On se fait la main, on va de plus en plus vite quand on traduit. On se rend compte que l’auteur a un style particulier, que ce sont toujours les mêmes structures de phrases qui sont employées, alors on gagne du temps plus les pages défilent.

« Révélation », le livre que j’ai humblement tenté de franciser m’a rappelé mes premières lectures sur le sujet. Des mots, des concepts, des stratégies de séduction, des techniques de drague parfois farfelues, parfois très logiques quand on prend le temps d’y réfléchir.

Par rapport au premier ouvrage de Mystery (le Pick-Up Artist le plus influent au monde), la « Mystery Method », base de tous les plagieurs français qui se sont lancés dans le coaching en séduction, « Révélation » va plus loin, traite des sujets plus en profondeur.

La section humour est d’une longueur hallucinante ! Combien de filles se sont plaintes du manque d’humour des mecs ? En soirée, elles s’ennuient avec eux ? Le livre entend bien régler ce problème. Disponible le 15 janvier sur le site leader pour apprendre à séduire, il traite de manière séquentielle tous les aspects du game. En franglais, pour le lol.

Une part conséquente de l’ouvrage traite évidemment des différences psychologiques majeures entre les hommes et les femmes, afin d’expliquer pourquoi la communication est si compliquée entre nous, et pourquoi il est nécessaire de connaître ces subtilités psychologiques pour réussir à conquérir nos promises.

Si certaines approches sont clairement hors de portée pour les débutants, le livre se veut comme un guide à feuilleter, à reprendre de temps à autre pour garder la main, pour ne pas oublier les bases de la séduction.

Comme pour chaque dossier majeur, le plus dur a été de m’y mettre. D’ouvrir le fichier Word, de faire face à la feuille blanche et de me forcer à ne pas bouger de ma chaise. D’abord une heure. Puis deux. Puis cinq d’affilée.

J’ai à nouveau regardé le documentaire Visionaries sur Tom Ford ce matin, à Varsovie, pendant que mon complice se préparait.

Style Forum Special from Music Guy on Vimeo.

Deux points m’ont vraiment frappé dans ce documentaire :

  1. Le naturel avec lequel il fait part de son expérience du stress et de la peur de l’échec. Lorsqu’il arrête toute activité pour se consacrer au tournage du film « A single man », il se retrouve face à une page blanche.
  2. L’amour du travail. Pas une heure éveillée n’est consacrée à autre chose qu’à son travail, car il l’aime, il s’y épanouit. Fut un temps où j’aurais ri à ce genre de propos. Moins je passais de temps enfermé dans un bureau à cravacher pour les autres, mieux je me portais. Aujourd’hui je comprends ce qu’il veut dire. Quand vous avez la chance de travailler pour vous-même, vos projets vous paraissent beaux, vos rêves indestructibles, et tout le reste paraît tellement superficiel.

L’image de votre projet abouti est ce qui vous tient éveillé, ce qui vous fait avancer au quotidien. C’est pour cela que j’adore rencontrer des artistes, des créateurs et des patrons. Ils ont une énergie qui est dévastatrice et contagieuse.

J’ai la chance d’avoir un ami de ce style : chaque déjeuner avec lui me motive pour me remettre un bon coup de pied au c… l’après-midi qui suit.

L’amour du travail, la volonté de partager de l’information utile à tous. L’envie de redistribuer ce qui a été pensé ailleurs, et qui pourrait servir ici. Donner accès à l’info à tous, pourvu qu’on ait envie de ses cultiver.

Je suis auteur, je vis en partie de mes droits d’auteur, et pourtant je n’ai pas envie de punir un jeune qui manquerait de moyen pour se procurer des livres ou des vidéos dans le but de s’instruire. Il faudrait que je passe plus de temps à essayer de comprendre HADOPI. Un jour peut-être…

En attendant, j’ai du pain sur la planche, Varsovie nous attend. Et le prochain livre que je dois traduire aussi. Une fois qu’on a goûté au plaisir de traduire…

Sélim Niederhoffer, traducteur. J’aime bien cette nouvelle corde à mon arc.

3 comments on “Traduire, c’est très dur”

  1. Ben oui, traduire c’est difficile mais si gratifiant. Ravie de savoir que tu te mets à cette partie-là du travail d’écriture. Parfois oublié au profit du travail de création littéraire, je me dis que c’est un peu comme les cuisiniers et les commis de cuisine.
    En tous les cas, good luck on your book project and your new job as a translator.

  2. Oui, c’est un beau métier, mais justement, c’est un métier, difficile, qui s’apprend, et Dieu sait que la route est longue. S’autoproclamer traducteur après un ouvrage traduit, risquer d’être mauvais traducteur. Un peu comme si je m’autoproclamais coach en séduction après deux conseils filés aux copines…

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