David François moreau Compositeur musical

David François Moreau, un compositeur entre ombre et lumière

Grand soleil dehors, ambiance tamisée dans le Studio Orgeville où je me rends pour interviewer David François Moreau, le compositeur que je vous invite à découvrir aujourd’hui. Vous avez forcément été exposé à son travail de direction artistique, que vous le vouliez ou non…

Amis Parisiens et provinciaux, suivez-moi pour cette rencontre avec David François Moreau, un compositeur entre ombre et lumière que vous connaissez sans le savoir !

J’ai essayé de le coincer à coup de questions piège. Les esprits trop rigoureux ne peuvent concevoir ce qui est désormais de plus en plus répandu dans nos générations X, Y et Z. David François Moreau est-il vraiment un slasher, un homme multi-casquettes ?

Je préfère parler de “Renaissance person”, le terme US qui désigne ces érudits qui excellaient en tout domaine. Il a l’air de tout maîtriser dans son domaine…

Mais que fait-il, alors ? De la musique. Toute sorte de musique. De la musique de films, avec plus de 17 collaborations au compteur. De la musique de ballet, ce qui lui offre l’opportunité de travailler avec les plus grands chorégraphes dont Thomas Lebrun et Raphaël Cottin. Voilà pour la partie sombre, la partie cachée, la partie la plus confidentielle de son oeuvre.

Aucun problème d’ego quand il fait chanter les stars : de Catherine Deneuve qui a inauguré le Studio Orgeville à Danielle Darrieux, de Patrick Bruel à Cali, c’est avant tout le professionnalisme qui règne pendant les heures de travail.

“La célébrité s’arrête à l’entrée du studio : je sors de mon ombre pour travailler, ils sortent de leur lumière pour travailler.”

La lumière ? Plus de 8 millions d’albums vendus, albums qu’il a composés avec un certain… Patrick Bruel, notamment l’album “Entre deux” en 2002. Son actualité ? La rencontre avec Cali, dont le nouvel album “L’Âge d’or” est disponible depuis le lundi 9 mars 2015.

J’ai eu la chance d’interviewer David François Moreau et d’évoquer avec lui ses différentes casquettes, ses différentes collaborations, et ses projets à venir ! Déformation professionnelle du compositeur : il vérifie que l’enregistrement fonctionne bien, on sent qu’il a dû lui aussi perdre des heures de travail en oubliant d’appuyer sur le bouton REC !

Les inspirations de David François Moreau

Quand on parle d’inspiration, il me cite des compositeurs que je ne connais pas ou trop peu. En même temps, s’il m’avait répondu K’Maro, j’aurais chialé je crois. Gesualdo, Schumann, Berg, Boulez, Scelsi, les musiques du monde et le chant des oiseaux !

A ma vanne débile : “Est-ce que les oiseaux au Québec ont l’accent ?”, il me répond très sérieusement que les mêmes espèces d’oiseaux n’ont pas le même chant aux quatre coins du globe. Tu peux pas test un homme dont le rêve le plus fou serait de s’acheter une forêt pour se nourrir au chant des oiseaux…

David François Moreau Studio Orgeville

Cali, « L’âge d’or » et la rencontre entre deux artistes

Bruno par ci, Bruno par là, François David Moreau ne tarit pas d’éloges sur la créativité de Cali (le nom de chanteur du fameux “Bruno”).

Quand je le regarde me décrire cette rencontre, je suis presque jaloux de cette bromance naissante. J’ai l’impression de revivre le premier jour avec mon meilleur ami, à une exception près : DFM et Cali ont sorti un disque et préparent déjà des surprises pour la tournée qui va suivre !

Une rencontre, “c’est quand ce n’est pas compliqué”.

“J’ai fait un arrangement pour une chanson (Arc en ciel) qui a été chantée au Téléthon par Patrick Bruel, Cali, Bénabar et Marina. Je n’ai eu que quelques heures pour le faire, j’ai joué de tous les instruments, et Cali a découvert ce nouvel arrangement et a demandé qui en était responsable. Je l’ai trouvé très attentif, très à l’écoute. Il a mis une empreinte immédiate sur la chanson, le silence régnait dans le studio.”

Le mélange de rigueur et d’invention, la rencontre s’est faite là. On imagine un choc thermique entre la discipline du compositeur, qui se décrit comme un Mosellan de coeur, et la folie créatrice de Cali le Perpignanais ? Que nenni !

“Tout s’est bien passé : Cali est arrivé avec 70 chansons déjà prêtes (textes et guitare). Il m’a donné toute la latitude nécessaire pour jouer, créer, travailler, proposer. Avant, il avait bossé avec de grands producteurs, Daniel Presley (Dionysos, Faith No More, Luke…) et Scott Colburn (Arcade Fire). Il est venu chercher chez moi le côté chanson française, très populaire, et à la fois le côté ouvert du compositeur pour la danse et le cinéma. On s’est compris très vite tous les deux : il m’a laissé imaginer, on est vraiment parti à l’aventure ensemble. Il m’a laissé m’approprier ses musiques, ses mélodies, ses paroles. Et quand je change une harmonie, il modifie le texte, je change une intention musicale, ça lui donne l’idée de chanter avec plus d’énergie encore : travailler à deux, c’est un plaisir ! Et puis nous nous sommes retrouvés au Studio Orgeville avec Jean-Baptiste Brunhes, l’un des grands ingénieurs du son français. Il a su mettre son art au service de cette énergie foisonnante. La voix de Cali est splendide, douce, proche et parfois survoltée, toujours bien intégrée dans les balances. Les sonorités des instruments sont belles, le mixage de Jean-Baptiste, avec des stéréos très ouvertes, est magique et rappelle ces grands disques de chansons ou de pop indé qu’on aime tous. Il a travaillé notamment avec Miossec, Sonic Youth, Warren Ellis et toute la fine fleur de la nouvelle chanson française. C’est un honneur de travailler avec un gentleman pareil…”

Un exemple avec la chanson “Tout ce qui ne reviendra plus”, de Cali. J’ai encore des cours à prendre au niveau de la prise de son, ne me jetez pas de cailloux…

A voir aussi : la rencontre entre David François Moreau et Cali, racontée par le chanteur !

Cali, un ami découvert, un frère musical, tout comme peuvent l’être Thomas Lebrun et Raphaël Cottin pour le ballet… mais toujours pas de frère de cinéma pour notre compositeur? “La musique de film, ça marche par couple”, me dit David François Moreau. Les duos de cinéma les plus célèbres ?

  • Nino Rota et Fellini
  • Sergio Leone et Enio Morricone
  • Claude Sautet et Philippe Sarde

Lied Ballet au Théâtre National de Chaillot

Lied Ballet Chaillot Thomas Lebrun David François Moreau

Je profite du temps qu’il m’accorde pour prendre un cours de cinéma et de musique de film avec David François Moreau, on parle notamment des méthodes de travail sur “Il était une fois en Amérique”, puis il accepte de m’en dire plus sur Lied Ballet, le ballet de Thomas Lebrun présenté en avril à Chaillot.

“Un ballet composé de 3 tableaux. Thomas Lebrun le chorégraphe ne travaille pas que sur le corps, mais aussi sur l’expression du visage qui a une vraie importance dans cette oeuvre. La gestion des corps, une vraie théâtralité, c’est brillantissime ! Beaucoup de virtuosité dans la mise en scène et dans l’utilisation de l’espace.”

Il ne tarit pas d’éloges sur le travail de Thomas Lebrun et de Raphaël Cottin, et nous dévoile l’acte 2 de Lied Ballet. Dansé sur des Lieder, joués en direct par le ténor Benjamin Alunni et le pianiste Thomas Besnard (Schubert, Mahler, Schönberg…), avant de conclure sur l’acte 3, le moment où les danseurs s’emparent de sa création musicale.

“C’est la première fois que Thomas Lebrun chorégraphie un corps de ballet. Les 8 danseurs tournent sur le plateau comme dans une transe, une synchronisation qui donne le vertige. La voix du ténor de l’acte 2 est dissoute, j’évoque “Um Mitternacht de Mahler, la transe se développe jusqu’à faire trembler les murs ! Il faut bien s’accrocher, attention secousses sismiques !”

Au fond, il faut comprendre le travail du compositeur comme une métamorphose : “quand les danseurs s’emparent de mes créations musicales, ça prend une autre dimension. Lied Ballet, il faut le voir. Un peu comme un clip bien conçu qui décuplerait la puissance d’une chanson qu’on aime.

On peut écouter le travail de David François Moreau sur son site www.davidfrancoismoreau.com !

Hâte de voir Lied ballet sur scène ! Réservez vos places pour ces représentations uniques au théâtre de Chaillot.

Sélim

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