Bad-Blood

Bad Blood : Le Thriller Préféré de la Silicon Valley, de John Carreyrou

Bad blood est un “thriller business” que j’ai du mal à poser : son intrigue se passe dans la Silicon Valley, au coeur de l’innovation américaine.

Sauf que rien n’est inventé : il s’agit d’un remarquable travail de journalisme d’investigation de la part de l’auteur, John Carreyrou.

On y suit l’incroyable histoire de la start-up Theranos, une entreprise d’analyse du sang qui était censée révolutionner le marché de l’analyse sanguine à domicile à la fin de la décennie précédente.

Mais dès la fin de l’haletant chapitre 1, on comprend que derrière la vision et la philanthropie d’Elizabeth Holmes, présentée comme l’héritière de Steve Jobs, tout n’était qu’une fraude…

Pitch rapide de Bad Blood de John Carreyrou, qui a remporté le prix “Financial Times/McKinsey” Livre business de l’année 2018, qu’Hollywood est déjà en train d’adapter en film !

Vous savez que j’ai une fascination pour les principes psychologiques de manipulation, d’influence et de séduction.

Récemment, l’exemple le plus intéressant qu’on voyait se dérouler sous nos yeux était celui dans le documentaire Fyre Festival sur Netflix.

Dans Bad Blood, on retrouve certains éléments communs que tous les grands manipulateurs savent utiliser à la perfection :

  • Une boss charismatique, presque hypnotique, qui utilise une voix plus grave au travail (ça fait du bien de voir UNE méchante, UNE manipulatrice à ce niveau de décisions)
  • Des méthodes musclées, des mots violents et dégradants pour les équipes : “Vraiment, tout le monde est à fond, mais toi tu ne joues pas collectif si tu ne viens pas travailler le week-end !”
  • Des appuis haut placés qui permettent à la manipulatrice d’exercer son emprise “par ruissellement”. Parce qu’elle a convaincu des bienfaits de Theranos en haut lieu, les contradicteurs et autres âmes dubitatives situés plus bas sur l’échelle corporate ont du mal à alerter, ont du mal à se faire entendre.

C’était quoi exactement, Theranos ?

Aujourd’hui le plus gros scandale des start-ups de la Silicon Valley, Theranos a pendant longtemps été une idée merveilleuse.

Elizabeth Holmes allait proposer avec Theranos une solution portable, un petit appareil que les patients pourraient utiliser pour faire leurs analyses de sang.

Jusque-là, rien de révolutionnaire si vous connaissez des diabétiques qui utilisent des autotests pour mesurer leur glycémie.

Petite piqûre sur le bout du doigt, et aussitôt le diabétique sait s’il doit manger ou s’injecter de l’insuline avec le stylo injecteur.

Mais Theranos ne s’adressait pas au “client final”, le patient. Le client, c’était les labos.

Après piqûre, l’appareil était censé envoyer les résultats des analyses de sang aux laboratoires, qui testaient de nouveaux médicaments et de nouveaux traitements sur les patients, leur permettant ainsi d’adapter le traitement en dosant plus ou moins le médicament.

Theranos allait permettre à des millions de patients de ne plus avoir d’aiguilles injectées dans les bras pour leurs analyses de sang (les patients atteints par des cancers notamment partagent cette douleur lorsque les veines deviennent de plus en plus dures à atteindre…)

Sur le papier, sur le pitch deck présenté aux investisseurs, Theranos était une révolution médicale et un placement qui allait rapporter gros.

Si vous vous rendez aujourd’hui sur la page Wikipédia de Theranos, vous y lirez que c’était une entreprise américaine dans le domaine des technologies de la santé dont les dirigeants ont été inculpés en 2018 pour « fraude massive ».

La fondatrice de Theranos dans la vraie vie, Elizabeth Holmes

En 2014, Elizabeth Holmes, fondatrice et PDG de Theranos, était largement considérée comme l’équivalent féminin de Steve Jobs : une brillante diplômée de Stanford dont la promesse de départ était de révolutionner l’industrie médicale avec une machine qui rendrait les analyses sanguines beaucoup plus rapides et faciles.

Soutenu par des investisseurs tels que Larry Ellison (ex-PDG d’Oracle, siège au conseil d’administration de Tesla) et Tim Draper, Theranos a vendu des actions dans le cadre d’une campagne de financement qui a évalué l’entreprise à 9 milliards de dollars, ce qui a porté la valeur de Elizabeth Holmes à environ 4,7 milliards.

Dans ce parfait décor, une ombre se glisse alors sur le tableau : la technologie ne fonctionne pas.

Pendant des années, Elizabeth Holmes a induit en erreur les investisseurs, les fonctionnaires de la FDA (Food and Drug Administration, administration qui a le droit de commercialiser, ou non, un produit pharmaceutique) et ses propres employés.

Quelques mots sur l’auteur de Bad Blood, John Carreyrou

Lorsque John Carreyrou (l’auteur du livre), alors au Wall Street Journal, a reçu l’info d’un ancien employé de Theranos et a commencé à poser des questions, John et le Wall Street Journal ont été menacés de poursuites judiciaires.

Insensible, le journal a publié le premier d’une douzaine d’articles sur Theranos à la fin de l’année 2015.

Au début de 2017, la valeur de l’entreprise était nulle et Holmes a fait face à des poursuites judiciaires potentielles de la part du gouvernement et de ses investisseurs.

Voici donc l’histoire fascinante de la plus grande fraude d’entreprise depuis Enron, une mise en garde troublante qui se déroule au milieu des promesses audacieuses et de la frénésie de la ruée vers l’or de la Silicon Valley.

John Carreyrou recevra d’ailleurs, en 2015, le tant convoité prix Pulitzer pour cette enquête.

Il expliquera alors la genèse de son enquête : “Cette croissance était suspecte et en enquêtant il est apparu que le laboratoire reversait des commissions occultes à des médecins à travers tout le pays pour qu’ils y envoient des échantillons de sang, sur lesquels ils réalisaient des tests systématiques sans aucun rapport avec les besoins du patient. Le tout aux frais de Medicare, donc du contribuable américain“.

Bad Blood de John Carreyrou : un bon livre pour le week-end !

  • Des personnages complètement fous (à ce niveau-là, il n’y a pas d’autre mot quand on voit les méthodes de management employées par le tandem Elizabeth & Sunny).
  • Des adversaires de qualité (le voisin d’enfance qui dépose un brevet pour contrer Theranos), l’auditeur Hunter, le lieutenant Shoemaker, qui ont tous senti que Theranos était “pipeau”.
  • Un théâtre fascinant (la Silicon Valley, entre Facebook, HP, Apple) qui rappelle le best-seller Le Cercle de Dave Eggers, sauf que là, c’est vrai !
  • Et une méchante fascinante ! A chaque page, je me demandais COMMENT elle arrivait à endormir tout le monde. Comment une aussi jeune femme réussissait à séduire des patrons de grands groupes pharmaceutiques, des hauts gradés de l’US Army, des dirigeants de chaînes de supermarchés (Walgreen’s, le concurrent de CVS).

Encore une fois, le crime ne paie pas, même si Elizabeth Holmes vit actuellement dans une villa de rêve en attendant l’ouverture de son procès.

Il me tarde de voir l’adaptation au cinéma, réalisée par Adam McKay et en cours de production.

Pour incarner Elizabeth Holmes, il a fait appel à l’oscarisée pour Happiness Therapy, Jennifer Lawrence.

Plus jeune de six ans et demi que la véritable Elizabeth Holmes, la comédienne superstar pourra se servir de cette différence d’âge pour incarner l’ancienne dirigeante à différents moments de sa vie.

Après avoir remporté un Oscar pour son regard critique sur Wall Street avant la récession, Adam McKay, le réalisateur de “The Big Short”, est donc prêt à affronter une autre controverse.

Bad Blood de John Carreyrou est sorti en France le 3 avril chez Larousse.
352 pages
20,95€

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