Fyre Festival : Documentaire Netflix Sur L’Echec Retentissant du “Festival des Influenceurs”

Cet article s’inspire du documentaire Netflix sur le Fyre Festival.

Initialement intitulé “Sucer un Inconnu ou Perdre Votre Job : Que Feriez-Vous ?”, j’ai décidé de le renommer.

Ne soyez pas choqué… Dans un monde normal, avec des gens sains, cette question n’a pas vraiment de sens.

C’est le genre de questions qu’on se pose entre amis en soirée : « Pour combien tu accepterais de sucer un inconnu ? »

Evidemment, les montants ne sont pas les mêmes selon la sexualité de la personne interrogée, mais là n’est pas la question.

Ce dilemme, « sucer un inconnu ou perdre son travail » s’est posé en vrai, il y a deux ans.

Laissez-moi vous raconter cette belle histoire sordide…

Vous avez déjà entendu parler du festival Coachella, un des festivals musicaux les plus connus au monde. Situé à une demi-heure de Palm Springs, la fine fleur mondiale des influenceurs s’y rend chaque année pour se prendre en photo sous la grand roue.

Et dans un monde qui s’enfonce tous les jours un peu plus dans le paraître, un arnaqueur de génie (il y a toujours du génie maléfique dans les arnaqueurs, ils sont toujours très créatifs) a eu l’idée d’aller encore plus loin que Coachella.

Retour en 2016, New York. Billy McFarland crée une application de booking de célébrités : FYRE. Un logo à la Tinder, ils ne se sont pas foulés.

Logos-fyre-tinder

L’objectif de cette appli : vous voulez booker EmRata pour votre anniversaire ? C’est possible. (Et c’est cher, mais c’est possible) Après tout, il ne s’agit que d’une prestation comme une autre pour l’influenceur.

Mykonos, Mercedes ou Microsoft : l’essentiel pour l’influenceur, c’est d’être payé (même s’il est toujours plus sympa d’être payé pour mettre en avant un produit, un lieu, un événement qu’on aime vraiment).

Entouré par les meilleurs développeurs, Mc Farland cherche une idée pour promouvoir l’application Fyre, qui pourrait révolutionner l’industrie du booking.

Il décide de monter le festival de musique le plus fou au monde, aux Bahamas, le festival le plus exclusif.

Places limitées, prix exponentiels, hébergement dans des tentes de luxe ou des villas privées : c’est Coachella puissance mille qui s’annonce.

Faire la fête avec des stars, côtoyer les VIP sur une île déserte, danser jusqu’au bout de la nuit sur un yacht avec les sœurs Jenner, Hadid, ou l’ange Alessandra Ambrosio : voilà ce que prétend vendre le FYRE FESTIVAL, qui annonce complet très vite.

La mécanique de l’arnaque du Fyre Festival

Les principes d’une bonne arnaque sont toujours les mêmes (j’ai toujours été fasciné par ces personnages romanesques, l’un des meilleurs étant Madoff).

Etape 1 : une vraie base correcte et fiable. Ici, l’appli Fyre, avec de vrais bureaux, de vrais employés, un site internet clean.

Etape 2 : l’association avec l’autorité. Ici, c’est le rappeur Ja Rule qui s’associe à l’arnaqueur Billy McFarland. Le cerveau peut se mettre en retrait (légèrement) et laisser briller le rappeur du Murder I.N.C. Armé de cette VIP-crédibilité, McFarland peut contacter bien plus facilement les mannequins les plus célèbres du monde et étendre la portée de son pipeau (on en reparle à l’étape 4) #reach

Etape 3 : la crédibilité dans les médias, la campagne de presse. Les deux associés font partie des têtes d’affiche du Web Summit, un événement très respecté dans l’industrie du web. Si le Web Summit met en avant FYRE, l’application gagne en respectabilité, le projet en crédibilité. C’est donc le moment de DREAM BIGGER, de voir plus grand que l’app : il est temps de lancer le FYRE FESTIVAL pour faire parler de l’app.

Etape 4 : Crédibilité + Notoriété = Billy et sa team ont les mains libres et les fonds nécessaires, injectés par des investisseurs rassurés, pour partir tourner aux Bahamas le spot publicitaire pour vendre le FYRE FESTIVAL. Eaux translucides, fêtes sur la plage avec les mannequins les plus connues du monde, avec les it-girls : le spot publicitaire du FYRE FESTIVAL vendait « Instagram, en vrai ».

A l’heure où je publie ces lignes, la bande-annonce pour vendre le Fyre Festival est encore en ligne. Et c’est vrai, ça donne envie.

La campagne de pub est lancée, le film devient viral sur Facebook, et les influenceuses sommées de poster toutes en même temps un carré orange sur Instagram avec pour seul texte « Rejoignez-moi au Fyre Festival » avec un hashtag #FyreFestival et un lien pour accéder au site (pour réserver les places). C’est bien, c’est mystérieux, c’est simple, et c’est posté par la fine fleur des réseaux sociaux.

La portée de la campagne est énorme, suffisante pour que l’argent rentre. Les billets pour le festival sont vendus. Victoire.

Sauf que :

Les artistes ne sont pas encore bookés et Fyre n’a pas le budget pour tout payer.

L’île initialement choisie pour accueillir le festival n’est plus exploitable, le festival est relocalisé sur une autre île des Bahamas (Grand Exuma) où tous les festivaliers ne pourront pas dormir.

Billy n’est pas organisateur de festivals, c’est un vendeur de rêves et les soucis s’accumulent au niveau de la production. Il continue de soutirer des millions à ses investisseurs qui croient en lui et sa vision. « Prime the pump », amorcer la pompe : un premier festival est un investissement, il lui faut plus de fonds, et il les obtient.

Je ne vous spoile pas la fin du documentaire, les dix dernières minutes sont édifiantes.
Vous pouvez voir ce désastre dans le très bon documentaire « Fyre : The Greatest Party That Never Happened » sur Netflix.

La scène la plus tragique, mais aussi la plus touchante, est celle qui donne son titre à cet article.

Un homme gay d’une cinquantaine d’années, qui travaillait avec Billy McFarland depuis quelques années, reçoit un appel du boss.

« Les citernes d’eau prévues pour le festival sont bloquées aux douanes. On n’a pas les 150.000$ pour débloquer la situation. Il faut que tu te sacrifies pour l’équipe. Il faut que tu ailles sucer le chef des douanes. »

C’est une scène assez triste parce que ce monsieur, qui a pourtant toute sa tête, raconte très sérieusement comment il prend sa douche, se prépare, et se rend au rendez-vous, prêt à faire une fellation pour sauver tout un festival et toute une équipe.

Le juger ? Non. Il travaillait pour un vampire émotionnel, un leader visiblement charismatique qui avait une vision, qui savait la vendre, qui sait motiver ses troupes.

Sa situation, au fond, ressemble à celle de Demi Moore dans Proposition Indécente, film que vous devez voir si ce n’est pas déjà fait.

Si vous vous intéressez aux dérives des réseaux sociaux, je vous recommande aussi le sympathique documentaire « The American Meme ». A la fin, vous avez envie d’unfollow tout le monde, et de supprimer votre compte Instagram et de sortir à tout jamais de ce cirque…

Finissons sur une note positive et didactique, avec ces trois comportements à repérer chez un arnaqueur, pour ne pas vous faire avoir.

#1 Dans « The Greatest Party that never happened », on voit Billy parler de ses clients comme de gros débiles. Il les méprise. Il n’est pas là pour partager, pas là pour créer de la valeur, pas là pour rendre service : il est là pour l’argent du client, point barre. Si un patron parle ainsi de ses clients, si un artiste parle ainsi de ses fans, il vaut mieux que vous n’embarquiez pas dans ce bateau qui fonce droit sur l’iceberg.

#2 Vous pouvez aussi prendre en compte la manière dont est géré le SAV. Alors que tout s’écroule, et que les festivaliers demandent des réponses sur twitter et instagram, des consignes sont données pour effacer les commentaires négatifs, puis Fyre va jusqu’à bloquer la fonctionnalité « commentaires ». Quand une entreprise s’engage dans la non-transparence, quand elle veut cacher des choses, vous pouvez faire demi-tour, ça ne sent pas bon…

#3 Enfin, repérez les mots abusifs employés par le manipulateur : « on est une famille », dans la bouche de McFarland, c’est hilarant. Comprendre : « Je suis dans la merde, et il va falloir m’en sortir sinon vous coulez avec moi ». Le manipulateur tord la réalité, la remodèle à sa façon, jusqu’à vous faire douter. Ainsi, un arnaqueur comme McFarland ne reconnaîtra pas avoir tort face à ses employés, n’admettra pas qu’il faut tout arrêter. Il s’entêtera avec les formules suivantes « Ici, on est une équipe soudée et positive, on cherche des solutions mais toi tu ne parles que de problèmes », et vous fera culpabiliser de ne pas être assez positif, et de ne pas croire en sa vision. Quittez le navire avant le naufrage, les amis…

Verdict ? « FYRE : The Greatest party that never happened » vaut bien 5 étoiles. Même si on connaît la fin comme dans Titanic, on souffre avec les personnages pendant 1H37.

C’est un documentaire bien construit, où l’on s’enfonce dans le malaise avec tous les employés de Billy McFarland. On a mal pour eux. On se demande pourquoi personne n’arrête le massacre à temps.

Et on se jure, bien évidemment, que nous, à leur place, nous ne nous serions jamais préparé pour aller voir le chef des douanes…

Sélim, Netflix and write

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