Sade : Marquis de l’ombre, prince des Lumières

“Une exposition qui donne envie de lire” Sélim Niederhoffer
“Une exposition qui donne tellement envie de baiser qu’on n’est pas allé jusqu’au bout” le couple entré juste après moi.

Que vous vous intéressiez au libertinage, aux Lumières, à Sade ou aux lettres, l’exposition qui se tient actuellement à l’institut des lettres et des manuscrits à Paris vous ravira. De Sade et du sadisme, on en a tous entendu parler, et même sans avoir étudié le personnage et ses oeuvres, des images “impures” vous viennent à l’esprit.

Or, et c’est là tout l’intérêt de cette exposition, on en apprend beaucoup sur le sens premier du mot libertin, sur les courants de pensées qui traverseront les siècles et caractériseront ceux qui ne rentrent pas dans le cadre… Sade, Marquis de l’ombre, prince des Lumières : impressions.

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L’aspect pratique : 5 euros. Prévoyez une heure à une heure trente si vous souhaitez tout lire, les textes originaux et leurs explications. Muni de votre loupe distribuée à l’entrée, vous aurez au bout de quelques salles la chance de contempler un des textes les plus importants de l’Histoire de France : “le rouleau” de Sade.

Je je, suis libertineuh, je suis une câtin

Bien avant d’en arriver à Mylène Farmer qui clôture presque cette exposition, un retour en arrière s’impose : dès 1545, sous la plume de Calvin, le mot libertin désigne ceux qui osent critiquer l’autorité de la Bible, qui récusent l’existence du diable et la résurrection des morts.

Penser différemment, critiquer l’autorité établie, et pas seulement celle de la sainte Bible, mais aussi celle des monarques de droit divin : Sade est certes le héros de cette exposition, mais les seconds rôles valent le coup d’oeil.

De Dante à Maupassant, de Molière à Breton, de Montaigne à Montesquieu en passant par Diderot et Laclos, la fine fleur des Lumières est convoquée pour présenter un panorama complet du courant libertin à travers les âges, depuis l’origine du mot jusqu’à notre époque où il ne désigne guère plus que les partouzeurs du samedi soir.

Les grandes oeuvres étudiées au collège et au lycée prennent alors une autre couleur : Le Tartuffe, Dom Juan ou le festin de Pierre, les Pensées de Pascal, les Lettres persanes… Des souvenirs de voiles, des tableaux de Fragonard, Valmont et Merteuil viennent illustrer cette exposition à l’atmosphère feutrée…

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Sade : un esprit libre dans un corps enfermé

Bien avant Passi, Donatien Alphonse François de Sade a été un prisonnier précoce, qui aurait pu chanter “mon corps est enfermé, seule mon âme peut voguer”. Lui aussi a connu les matons. Le donjon de Vincennes, la Bastille, Sainte-Pélagie : l’obsédé textuel a passé 27 ans dans 11 prisons différentes.

Cette exposition retrace la vigueur, l’essoufflement et la mutation d’un courant rebelle à toute forme d’autorité, avec pour pièce centrale le rouleau de Sade, le manuscrit des 120 journées de Sodome.

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L’histoire de ce manuscrit est une épopée : Sade écrivait en cachette, et planquait le rouleau pour que ses geôliers ne le détruisent pas.

Deux semaines avant la prise de la Bastille, Sade devance l’Histoire en appelant le peuple à se révolter depuis sa cellule au moyen d’un porte-voix. Dès le lendemain, il est exfiltré de la prison de la Bastille, direction l’hospice des aliénés de Charenton.

S’il s’était tenu tranquille, il aurait probablement été fêté par le peuple… Au lieu de quoi il crut le manuscrit perdu à jamais et déclara jusqu’à la fin de sa vie “pleurer des larmes de sang”.

Au terme de bataille juridique avec la Suisse, le “rouleau” a finalement trouvé sa dernière demeure dans l’institut des lettres et des manuscrits de Paris.

Le tracé régulier des lettres, le collage à la main, la largeur réduite du rouleau rendent l’utilisation d’une loupe indispensable pour réussir à décrypter quelques mots.

Une exposition indispensable pour tout lover qui se respecte, pour tous les amoureux des beaux livres et les passionnés d’histoire de France.

A voir aussi en ce moment : “Je n’ai rien à te dire sinon que je t’aime – Correspondances amoureuses” à l’institut des lettres et des manuscrits de Paris.

INSTITUT DES LETTRES ET MANUSCRITS
HÔTEL DE LA SALLE – 2 RUE GASTON-GALLIMARD – 21 RUE DE L’UNIVERSITÉ
75007 PARIS
Du vendredi 26 septembre 2014 au dimanche 18 janvier 2015
Tous les jours de 10h00 à 19h00

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