Ludovic Louis-Trompettiste-Lenny-Kravitz

Ludovic Louis : Du Havre à Los Angeles Avec Le Trompettiste De Lenny Kravitz

Un plaisir de le côtoyer, et pas seulement pendant l’interview : avant, quand je lui dis que je vais être en retard. Pendant l’interview, alors que je m’aperçois que mon outil « DICTAPHONE » a disparu et encore le lendemain quand je le croise dans la rue par pur hasard.
Itinéraire d’un musicien du Havre devenu le trompettiste de Lenny Kravitz… et qui a joué devant THE GREATEST, j’ai nommé Mohamed Ali !

Ludovic-Louis-Lenny-KravitzCrédit Photo : Mathieu Bitton

Ça a été une semaine marquée par Miles Davis, qu’il était grand temps que je rajoute à mon répertoire musical. En début de semaine, je le découvrais en compositeur pour la musique du film Ascenseur pour l’échafaud, de Louis Malle (1957).

Puis c’est au tour de Ludovic Louis de le citer comme l’exemple, le modèle, la perfection vers laquelle tendre quand on veut donner le meilleur de soi-même musicalement.

« Sexe, drogue et rock’n’roll » : c’est un mythe, soigneusement entretenu par certains artistes qui ont vraiment fait un usage démesuré de psychotropes dans les 60’s 70’s… Mais je dois vous avouer que plus j’évolue avec les artistes, plus je les rencontre, plus je les interviewe, plus je me rends compte qu’ils sont avant tout dirigé par leur passion et l’envie de faire toujours mieux.

Ludovic Louis ne fait pas exception : ce perfectionniste vit pour son art, pour sa musique et s’impose une discipline de fer pour être toujours au niveau.

Il faut dire qu’il a un patron qu’on ne peut pas « endormir » facilement : Lenny Kravitz est à la fois auteur, compositeur et joue de plusieurs instruments. L’exemple-même du grand monsieur qui donne envie de se dépasser ! L’interview de Ludovic Louis, c’est parti !

Sélim Niederhoffer : « Bonjour Ludovic Louis, comment on devient Ludovic Louis ? Comment on devient le trompettiste attitré de Lenny Kravitz ? »

Ludovic Louis : « Un coup de chance, une rencontre, un ami qui passait par là ! »

OK… On va démarrer différemment ! Ton actu en ce moment, à part le foie gras ?

Ludovic Louis : « Mais ça me manque trop le foie gras en Californie ! En ce moment, c’est tournée mondiale « The Strut tour » de Lenny Kravitz. L’album est sorti en 2014, de temps à autre on fait des pauses, mais là c’est la saison des festivals donc on enchaîne ! J’étais hier en Belgique, mercredi on fait l’Olympia, après on part à Cognac… L’Italie, l’Espagne, c’est assez excitant ! »

Mais pourquoi la trompette Ludovic ? Les gamins rêvent d’être guitariste, pianiste à la limite !

Ludovic Louis : « Début de la trompette vers 8 ans. Ce qui m’a donné envie de commencer, c’est quand j’ai entendu mon professeur de trompette, Alain Loisel , en jouer, dans l’école de jazz. « C’est ça que je veux faire ! » Et non plus le piano, j’en avais marre. Des fois, je demandais à mon prof de jouer pour moi, je ne voulais pas jouer, je voulais juste l’écouter ! Et après j’ai découvert Miles Davis… Je me suis dit que j’allais en faire mon métier pendant mon IUT de commerce. Au bout de six mois, je me dis que les cours de droit commercial, ce n’est pas pour moi ! J’étais avec mes potes, mais je ne me voyais pas faire ça.

Je suis parti à Bordeaux, dans un big band à l’armée de l’air, et en revenant à Paris, c’est là que j’ai commencé à rencontrer mes amis du métier, dont Philippe Slominski. Quand il ne pouvait pas jouer, il me recommandait. C’est ainsi que j’ai rencontré Raul Paz, joué avec Yannick Noah au Stade de France avec le groupe de rap Orishas, puis Florent Pagny , et c’est comme ça que je me suis retrouvé à jouer avec Lenny Kravitz.

Rencontre avec Lenny via un ami, Mathieu Thave. Un jour, en septembre 2009, Matthieu m’appelle. Lenny, et un de ses sax français de l’époque, tout le band, ils étaient en train de répéter. J’entre dans la pièce et je commence à comprendre. Là, Lenny Kravitz vient vers moi : « Bonjour, je m’appelle Lenny. »

Concert au Grand Rex pour Peace One Day le lendemain. La répèt commence, entre le stress, la nouveauté, on répète dur. On fait la date comme convenu, mais dans ma tête, c’est comme si je faisais la Ligue des Champions et qu’on m’avait prévenu 24 heures avant !

Lui, depuis day one, il est cool, il me présente à tout le monde, il a été super cool ! Il me rappelle plus tard, quand son trompettiste est parti. Quand il m’appelle, j’ai réfléchi UNE SECONDE ! Et depuis 2010, c’est reparti !

Ma première date : à Seattle, on ouvre pour U2 dans le stade des Seahawks ! Tu te retrouves à jouer pour une star mondiale, dans un stade de 67000 personnes, et tu croises U2 en coulisses. Et ça a failli ne pas se faire… Je suis un gars plutôt loyal je dirais, et au moment où Lenny m’appelle, je suis sensé repartir en tournée avec Florent Pagny. Par correction, j’appelle Florent. Même pas une seconde d’hésitation pour lui, il m’a donné sa bénédiction immédiate ! Un grand monsieur lui aussi !

Ludovic Louis-Trompettiste-Lenny-Kravitz
Crédit photo : Djeneba Aduayom

Endorsements : Trompettes et Bugle Adams

Et la vie perso dans tout ça ?

Ludovic Louis : « Ma compagne est chanteuse aussi. On aime bien partager des sons elle et moi, on aime découvrir de nouveaux artistes. J’adore la voir elle aussi travailler, quand elle est sur scène. Le truc compliqué, c’est quand on n’est pas sur les mêmes fuseaux horaires, je sors de scène je vais me coucher, elle elle monte sur scène, on n’arrive pas à se joindre… Ce n’est pas un métier facile ! Tu es toujours en mouvement, tu sors de scène tu refais le concert avec les autres, un petit débrief. Je suis plutôt casanier, du coup, tout le truc « Sex Drogues et Rock’n’roll », c’est pas vraiment moi !»

Tes inspirations dans la vie, tes inspirations musicales ? Un top 5 ?

Jazz, musique antillaise, musique cubaine : le dimanche matin, je me faisais toujours réveiller par les vinyles de mon père !
TOP 5 :

  • Miles Davis toujours un monsieur en avance sur son temps. Sa façon de concevoir Kind of Blue… Même l’album posthume avec les chanteurs hip-hop, c’était du génie !
  • Dizzy Gillespie pour la musique latine
  • Les sections cuivre d’Earth Wind and Fire, de Kool & The Gang, c’est powerful, ça envoyait la sauce !
  • Les mecs qui jouaient avec Phil Collins (les Phoenix horns à l’epoque ) j’essayais de rejouer les riffs de cuivre
  • James Brown, ça aussi, ça m’a marqué ! Ça jouait là !

Et tes projets perso ?

En ce moment, je travaille sur mon premier album solo. Je suis dessus depuis des années, mais ça prend un temps fou. Depuis que je travaille avec Lenny, j’ai de nouvelles influences. Son univers est aussi très intéressant, je revois mes mélodies, je retravaille des trucs, vers des sonorités qui me correspondent plus aujourd’hui. Un album instru / voix, je pense que je vais chanter dessus !

J’espère aussi travailler avec des gros noms, au chant, à la musique, et des gros noms de studios américains ! Ça, c’est l’avantage de vivre à Los Angeles, tu fais des rencontres folles ! J’espère le sortir l’année prochaine, ce serait bien ! En plus, sur la tournée, il y a des grands noms ! Parfois ils me donnent des coups de main !

George Lais au clavier, qui est un monstre… Gail Ann Dorsey, elle a été la bassiste de Bowie pendant des années… Cindy Blackman Santana à la batterie, elle, Craig Ross le binôme de Lenny, son guitariste, c’est génial… bien sur mon compère Harold Todd , le saxman !!! lui c’est un extraterrestre ! mais aussi un mec ultra marrant.

Si tu te dis je fais 80%, c’est dommage, c’est moyen… Mais si tu te dis “je fais le truc à 110%”, même si tu te plantes un peu, t’es à 100% ». Là, je ne travaille qu’avec des monstres de précision, d’exactitude et d’engagement dans leur art ! Forcément ça motive à donner le meilleur de soi-même !

Bon, assez attendu Ludovic. Je ne tiens plus en place. Il faut que tu nous racontes ce solo face à Mohamed Ali. Je suis jaloux, là !

Imagine. Pour les 70 ans de Mohamed Ali, il y a Snoop, Puff Daddy, Quincy Jones, David Beckham, Stevie Wonder : tout le monde est là. Nous on joue le soir mais je sais que le lendemain, il fait une dédicace au MGM (un grand casino de Las Vegas). J’oublie de me réveiller, je me lève trop tard en vrai. La demi-heure dans le lit qui dure deux heures. J’ai raté Mohamed Ali.

On répète l’aprem et je vois Slash (Guns’N’Roses), Joe Perry (Aerosmith), qui viennent pour répéter des titres avec nous, ça te met dans l’ambiance.

Sur scène, pendant le concert, normalement je fais une transition entre deux chansons mais là, Lenny nous arrête… « Hier c’était l’anniversaire d’une légende vivante,… »
La veille, j’avais rencontré Quincy Jones, on avait parlé français ensemble. Deux chaises arrivent sur scène, une pour Quincy Jones, une pour Mohamed Ali.

« On va commencer par un solo, vas-y Ludo ! » Et là, je regarde le gars qui me regarde… C’est Mohamed Ali. Il me fixe. Le MONSIEUR me fixe. Là, c’est un peu comme si je jouais pour mon grand-père, c’est une figure paternelle… . Je me sens connecté à eux. Quincy Jones, il sait ce que je vais faire, il sait comment je vais dérouler mon solo, je le vois dans ses yeux. Je termine, je me relève, et Mohamed Ali me tend la main. Me serre la main. J’ai touché la légende. Pendant 3 minutes, j’étais déconnecté du monde, et je fonds en larmes !

Mes collègues me félicitent , et Harold me dit « Mais moi, je ne sais même pas si j’aurais pu y aller ! »

D’autres grands moments dans ta carrière que tu ne peux pas oublier ?

  • Yannick Noah, Stade de France, complet. Tu joues à domicile, chez toi. Yannick, avant les répèts en Belgique… on passe devant le Stade de France. On entre par l’entrée des joueurs. France 98, Champions du Monde tout ça. Et là t’es sur la pelouse, en plein milieu, c’est vraiment magique !
  • Mohamed Ali évidemment. Comment tu veux oublier ça ?!
  • La rencontre avec Lenny ça reste marquant, quand tu vois où ça m’a mené ! Je viens du Havre, je vis à LA désormais, tu m’aurais dit ça quand j’étais gamin, je t’aurais dit « No fucking way » !
  • U2 aussi, cette première grosse date aux Etats-Unis, c’est un point de départ important !

Sur une île déserte, tu emportes un seul disque : lequel ?

Je ne peux pas en emporter qu’un seul, je suis le naufragé le plus exigeant de l’Histoire !

  • Kind of blue de Miles Davis
  • Tu Tu de Miles Davis avec Marcus Miller
  • Earth wind and fire et James Brown
  • Le dernier RAM de Daft Punk : l’album entier, la production est folle

Toujours pas blasé après tout ce parcours, toutes ces rencontres ?

Ludovic Louis : « Mais pas du tout ! J’adore ce métier ! J’adore partager et faire passer des émotions à tout le monde à travers la musique ! Je ne me verrais pas faire autre chose ! Merci à toi de t’intéresser à ce que je fais !!!!»

Merci beaucoup Ludovic Louis ! Hâte de pouvoir écouter ton premier album solo alors !

Sélim, blogueur curieux (entre Lenny Kravitz et Miles Davis, j’ai du retard à rattraper…)

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