Jesus le seducteur durable

Le vendredi, c’est Jésus Christ.

Week-end ! Alors je râle. Parce que c’est synonyme de surcharge de travail pour moi. Le Piège à Filles, ce sont des classes de séduction pour gentlemen célibataires. Pour homme. L’Homme, comme ont tendance à l’appeler TOUTES les blogueuses gnangnan qui ont trop sniffé d’YSL.

Jesus le seducteur durable

En faisant mon tour hebdomadaire des sites féminins, je me suis dit qu’il était grand temps que les filles nous parlent de séduction. J’ai certes des milliers d’histoires en réserve pour mes clients. Mais pour renouveler sans cesse ce stock de légendes urbaines, quoi de mieux que faire appel à celles que l’on doit séduire ? Celle qui ouvre le bal a l’habitude de manier les mots. Et possède une voix à vous réveiller un mort. Voici l’incroyable récit de séduction de ma copine Hermine. Ca commence là :

Récemment, après de nombreuses déceptions sentimentales, j’avais décidé de ne fréquenter que des hommes de rêve. Des artistes, des sensibles, des intellectuels, bourrés d’humour cela va de soi. Je voulais un amant monument qui m’emmène à Venise en train de nuit et me lise des poèmes de Keats sur la plage.

Vous l’aurez compris, je me destinais à un célibat éternel.

Puis un jour, après une énième déconvenue, je décidais de me lancer dans l’aventure Internet. Séduire sur le web, voilà qui est fascinant, surtout pour moi qui visiblement effraie les hommes car je suis « trop ». Au moins là, ils ne me verront pas et ne m’entendront pas. Profil activé, chasse lancée. « Un homme essaie de vous charmer ». Hello stranger, qui es-tu ? Après quelques échanges de mails avec ce garçon, j’étais sous le charme. Jolies tournures, pas une seule faute de français, des intérêts communs… J’étais au bord de l’orgasme intellectuel. Pourtant, je ne connaissais de son visage qu’une large paire de lunettes et une tignasse blonde, rien de plus, le reste était caché derrière un grand livre. Au bout de quelque temps vient l’évocation d’une rencontre, le badinage a ses limites, j’en conviens.

Je lis sa proposition et reste sans voix. Quel scénario !

En effet, il reconnait que ne pas connaître son visage peut constituer un handicap, mais il a envie de me voir. Pourtant, conscient du risque qu’il ne me plaise pas, il me propose une alternative. Nous n’aurions pas le droit de nous parler, pour éviter cela nous nous retrouverons dans un endroit où il est mal vu de le faire. Ce sera donc une église, St Sulpice, sa préférée. Toujours sans nous parler, nous nous assiérons pour nous dévisager. Si l’attirance est réciproque nous nous embrasserons, mais dans le cas contraire nous partirions. Admettons qu’il ne me plaise pas je pourrais me lever et partir, il n’aurait pas le droit de me retenir et nous ne nous parlerions plus jamais. J’étais tétanisée, c’était fou, cinématographique, romanesque… Tout ce que j’aime. Malgré cela, je n’étais pas sûre de réussir à y aller. Il était moche, cela me semblait évident. Et si j’avais tort, s’il était sublime et complexée par le regard de toutes ces filles ? Le meilleur moyen de savoir était d’être au rendez-vous.

J’arrive le jour J avec 45 minutes de retard à St Sulpice et l’intime conviction qu’il serait parti. J’erre dans l’église quand je croise soudain une tignasse blonde. Est-ce lui ? Je continue de marcher et finit par le trouver assis. Je m’installe 3 chaises plus loin et essaie de deviner ce qui se cache derrière cette écharpe. Je vois de magnifiques yeux bleus… et puis le reste. Un genre de Benjamin Biolay, un visage romantique mais pas d’une grande beauté certes. Nous nous observons quand je me retrouve soudain en train de galocher un inconnu, dans un lieu pieux.

Nous nous sommes vus trois jours. Trois jours intenses. Il avait mon téléphone, le sien m’était inconnu. Il m’a fait beaucoup rire, ne m’a jamais tutoyée et parlé de littérature comme personne auparavant. Il avait un côté inaccessible, très savant, un vrai gentleman. Son charme me ravissait. Malheureusement, il a quitté son nuage avec un simple coup de fil. Je lui manquais, il avait envie de me voir, de moi aussi. Tout d’un coup, il a perdu toute sa grâce et je me suis mise à le trouver très vilain.

Je garde de cette bulle temporelle un excellent souvenir. Il existe bel et bien des hommes qui savent parler aux femmes, si bien que leur défauts quels qu’ils soient peuvent passer inaperçus. En revanche, se positionner comme homme fantasme dès le début est chose ardue car pour devenir réel discrètement il faut du talent. Mais s’ils pouvaient être davantage à nous faire rêver, même trois jours, nous supporterions bien mieux ceux qui ont les pieds vissés à la pelouse.

L’analyse du coach en séduction : pour celui-ci, pas besoin de coaching. Approche parfaite. Très audacieux de partir aussi fort, mais il a malheureusement laissé toutes ses forces dans le décollage. Le crash est donc logique. Retour fracassant sur le plancher des vaches.

3 comments on “Le vendredi, c’est Jésus Christ.”

  1. Un joli récit, et bien écrit en plus.
    Malheureusement une histoire vouée à une explosion aussi fulgurante qu’un concorde dans un hotêl d’aéroport.

    Pas la prétention de faire une analyse de coach mais cette histoire m’inspire réflexion :

    1- aussi audacieuse que soit l’approche, elle reste trop loin de la “normalité” de la gente féminine, même si elle semble pour le coup atteindre la cible (comprendre Hermine) qui rêve trop d’une vie amoureuse à la Lucia Etxebarria.

    2- l’escalade d’un début de relation, c’est sa survie. Un gentleman (pour reprendre le mot de Selim sur lequel nous aurions je crois beaucoup de points de désaccord) doit pour attiser un début de relation construire une escalade, une progression en terme non imagé.
    Et là, dans ce cas, il était voué à s’essouffler très vite.
    Que faire après un premier baiser sans un mot dans une église en terme de progression ? A part une mise en bouche au père lachaise, des préliminaires sur la tombe de jean de la fontaine et un final sur celle de jim morrison,, je ne vois pas ce qui aurait pu contenter celle “qui possède une voix à vous réveiller un mort”

    Amicalement,

    Florent

  2. Le problème des histoires “comme dans un film” ou dans un roman, c’est que justement…on est dans la vraie vie. Je suis assez d’accord avec Flo, aussi exceptionnel qu’ont été ces 3 jours, le jeune homme avait mis la barre très très haut. Déjà, il a eu de la chance de tomber sur Hermine qui recherchait ce style de garçon. Moi les plans ultra romantiques/intellos ça me fait fuir. M’enfin passons…Ce que je veux dire c’est que pour que ça fonctionne il aurait fallu qu’il reste comme ça à jamais, et je doute que ça existe réellement (ou alors on s’en lasse vite). Forcément, quand il redevient plus “homme de base”, ce qui faisait que les défauts étaient mis de côté était parti. Un gros leurre finalement…pas si gentleman!

    Donc mieux vaut en effet faire ce genre de plan une fois la relation installée, pour surprendre, quand la fille sait à quoi s’attendre au final.

    Et je voulais dire aussi: “L’Homme, comme ont tendance à l’appeler TOUTES les blogueuses gnangnan qui ont trop sniffé d’YSL.” C’est pas ça le pire. C’est que si vous osiez parler de nous en disant “La Femme”, tu peux être sûr qu’on te balancerai tout un tas de propos féministes en pleine face 🙂

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