Jean-Michel Hieaux décrypte la France en panne d’envie

Pas envie de se lever, pas envie de voter, pas envie de travailler plus, pas envie de réfléchir à des solutions collectives pour vivre ensemble. Les statistiques qui ouvrent l’essai de Jean-Michel Hieaux sont alarmantes, et encore, je pèse mes mots.

Sa première phrase ? « La France va mal, la France a peur, la France déprime ». Merci Captain obvious. Ras-le-bol, manque de confiance, apathie : on n’a pas envie de travailler, pas envie d’avancer…Comment redonner l’envie à cette France en manque d’idée, en manque de motivation ?

J’ai décidé de retenir quatre points qui me paraissent importants pour comprendre ce manque d’envie.
La démotivation, l’Histoire de France, la mauvaise gestion des RH et l’inadaptation de la formation scolaire.

1/ Le travail d’analyse de la démotivation : comment en est-on arrivé là ?

Les Français, champions d’Europe de la démotivation selon certains baromètres Ipsos. La parabole qu’on utilise toujours lors des séminaires de motivation ne nous est pas épargnée : prenez deux groupes de casseurs de cailloux. Le premier groupe casse des cailloux et est malheureux, le second bâtit une cathédrale et a le sourire.

Ce qui manque aux salariés aujourd’hui ? Le sens. On sait qu’on a des bullshit jobs. Qu’on ne sert à rien. Qu’on ne crée pas grand-chose. Vous avez forcément entendu des amis ou des collègues vous dire en parlant de leur job ou d’un nouveau poste : « Je sais que je vais m’y emmerder, je sais qu’on va m’y emmerder, mais j’aurai une belle ligne sur mon CV. »
Le bonheur au travail ? Bof bof… « 78% des Français partagent l’avis qu’on n’est jamais assez prudent quand on a affaire aux autres. »

2/ Décryptage de l’Histoire de France

Le second point qui explique l’ambiance délétère actuelle nous ramène en mars 1983, quand l’entreprise et son culte s’imposent à la politique. Pierre Mauroy remplacé par Laurent Fabius, changement de style, changement de règles du jeu. Le marché a gagné.

C’est l’ère Bernard Tapie, les années pognon : l’entreprise est comme un sport, avec des règles du jeu, un mode d’emploi, des raisons d’y croire et à la fin, une gratification.

C’est à cette époque que la télévision bascule : Jean-Michel Hieaux nous explique le fonctionnement de la publicité à l’époque, sur des chaînes au nombre restreint. Une fois Berlusconi entré dans la bergerie avec la 5, c’est la fin de l’ambition éducative de la télévision.

Les chaînes ne chercheront plus à informer, à faire comprendre les choses, mais elles courront après l’audience. Une belle manière de trasher les Anges de la télé-réalité et autres merdes qu’on nous sert ces jours-ci.

Le changement d’ère pour les médias a modifié le contenu dans les émissions, dans les magazines, dans la presse. Ne pouvant vivre sans publicité, tous se sont lancés dans la course à l’audience, avec des accroches et des unes toujours plus racoleuses les unes que les autres…

Mais La France en panne d’envie ne revient pas seulement sur les trente dernières années pour expliquer ce qui dresse les riches face aux pauvres, les patrons face au peuple… Il fait le voyage dans le temps jusqu’à Louis XI et l’attribution des premières charges et des premiers privilèges, business florissant qui ne s’arrêtera jamais vraiment…

Révolutionnaire, Jean-Michel Hieaux ? Envie de couper des têtes pour faire tabula rasa ? Que nenni ! Faire un inventaire, soit, mais la solution ne se trouvera pas dans le sang. Ce dont manque la France, c’est un projet d’avenir, une vision commune, un nouvel élan. Voilà ce qui nous fait cruellement défaut.

La batterie de questions posées laisse songeur :

Que peut et que veut être notre pays dans dix ans ? Quels seront les modèles économiques et notre système social ? Que sauront nos enfants en sortant de l’école ? Comment les aura-t-on préparés à être des citoyens du monde, sans en avoir peur ? Que sera-t-il fondamental d’apprendre et de comprendre, au détriment de ce qui sera inutile ?

3/ Mauvaise gestion des RH

Autrefois, en tant que salarié, je n’aimais pas les RH. J’avais du mal à voir leur utilité. De simples exécutants, des trieurs de fichiers, incapables de gérer leurs ressources humaines. Incapables de dialogue. Et de toute façon, dialoguer pour parler de quoi ? Ils ne sont pas plus motivés que les autres salariés.

Payés pour faire passer un message de la direction mais pas pour dialoguer, payés pour licencier et satisfaire aux exigences des actionnaires, il leur a toujours manqué ce que Jean-Michel Hieaux décrit dans La France en panne d’envie : l’envie de faire bouger les choses.

Au fil des pages, on suit le parcours de Marie, qui finit par trouver un poste de « responsable de l’envie ». Un poste vague, mais dans l’idée, insuffler de l’envie durable dans l’entreprise, ça paraît nécessaire. Un bullshit job supplémentaire, à l’heure où la démotivation est si grande dans les entreprises…

On relit avec joie les réussites RH d’Airbus, les ratés de Thalès, le succès de Bouygues Télécom avec les explications concrètes, le détail des actions et des plans de communication, pour terminer sur Zappos et sa philosophie du bonheur.

Le point central développé dans le livre est le paradigme de l’envie, ce que chaque dirigeant, manager et RH devrait placarder au-dessus de son écran d’ordinateur :

« Le profit est une condition certes nécessaire mais absolument pas suffisante. L’entreprise n’a de raison d’être que par l’homme et pour l’homme. Sa finalité doit résider dans le bien-être de ses équipes. Les profits n’en sont que le moyen. »

4/ Le futur de l’Education Nationale

Manque de préparation et refonte des programmes scolaires et de l’éducation : lorsqu’il parle de diplômes pour les universités de lettres, de socio et de droit, il compare ces filières à des passeports pour un chômage garanti. C’est une blague qu’on se faisait déjà en entrant en école de commerce… (Même en droit ? Le reste, on le sait, mais j’aurais aimé voir les statistiques des débouchés de la fac de droit)

Fac de chômage, donc… A l’heure où l’Estonie envisage de rendre l’apprentissage du code obligatoire dès 6 ans, à l’heure où Zuckerberg veut rendre internet disponible pour toute la population du globe, que doit-on apprendre à nos chères têtes blondes ?

Aurai-je jamais un fils qui aimera l’Histoire ou le français comme j’aimais ces matières, ou faudra-t-il se diriger vers un savoir plus applicable, plus rapidement rentable pour l’économie française ? Pourra-t-on encore parler de culture générale en évoquant Zola ou Victor Hugo, est-ce que ça aura encore la moindre valeur économique ? Apprendre des leçons par cœur, pour quoi faire quand on peut tout retrouver sur internet ?

Au final, Jean-Michel Hieaux essaie de rester positif, produit une sorte de méthode Coué pour aider le navire France à sortir de l’impasse. Mais c’est de courage politique qu’il faut parler. Du courage nécessaire qu’il faudrait à nos dirigeants pour réformer ce pays vieillissant, effrayé par la mondialisation, terrorisé à l’idée de donner un nouvel élan à notre économie…

La France, condamnée à vivre dans la splendeur de son passé, entre Versailles et le Louvre ? Jean-Michel Hieaux, vice président du groupe Havas Paris nous montre qu’il y a une autre voie, si on retrouve l’envie…

Au pire, il nous restera toujours Johnny…

Sélim

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