GLORY BOOM ! L’interview polaire.

Vendredi dernier, armé de ma doudoune pour lutter contre le froid polaire, je me suis rendu place Victor Hugo pour interviewer Killian Arthur, l’auteur de Glory Boom.

Par -10 degrés (sans exagération aucune), j’attendais vaillamment l’écrivain en terrasse. Je suis toujours en avance. Lui arrive à l’heure. Ca c’est un bon point. L’autre, c’est que j’ai dévoré son livre parce qu’il y avait un truc intrigant dedans. C’est un livre avec plein de vide dedans…

Mais attention, pas n’importe quel vide. Un vide représentatif de notre société. Oui, ça ressemble un peu à un copier/coller, oui l’auteur nous balance ses références sans aucune honte. Après tout, on est à l’heure du recyclage, alors pourquoi ne pas faire un livre original avec des idées déjà utilisées ?

On pourrait croire qu’il s’agit d’un livre sur la célébrité. Interlude réel : « Tiens, retourne-toi discrètement, avec les deux femmes derrière c’est Christian Blachas ». Ce roman, c’est celui d’une génération pour laquelle réussir doit être facile. Si tu montres ta tête à la télé, c’est bon, c’est gagné. Tu veux tes 15 minutes de gloire, tu exiges ta part de médiatisation hyper-rapide ? Tu crois que faire du bruit suffit pour exister ? Ce livre va peut-être t’ouvrir les yeux.

Si la célébrité est un thème obsessionnel pour l’auteur, il reste passionné par d’autres concepts, tel que la chance. Pourquoi certains percent-ils à 40 ans ? Le talent, la chance ? Un peu de travail aussi peut-être ? Nous éviterons soigneusement ce terme. L’auteur admet volontiers se gaver de télé-réalité, de sœurs Kardashian, d’Hollywood stories. Dans Glory Boom, on passe de bons moments avec Jessica Simpson. Il fallait une has-been un peu sur le retour, pourquoi pas Paris Hilton ? On n’en entend plus trop parler ces derniers temps.

Killian Arthur, ça existe vraiment des gens comme ça ?

–          Comme dans Entourage, ça existe. Des bandes de potes, des gens qui ne servent pas à grand-chose, qui se cherchent un peu. C’est un portrait hyper fidèle de la réalité. Si Bret Easton Ellis a basculé dans la dystopie, là je fais de l’hyper-réalité. C’est un immense remix de la réalité : j’ai ouvert un Voici, si je voulais écrire un conte de fées, j’avais une histoire sur une page, si je cherchais une fin tragique, je n’avais qu’à tourner la page. Imagine le déclencheur : Britney qui se rase la tête, Heath Ledger, Brittany Murphy, Michael Jackson qui meurent tous d’overdose de « médicaments ». Comment des gens qui ont tout pour être heureux peuvent-ils être aussi seuls ?

Est-ce facile de s’inventer une vie ? Ca sert pour séduire ?

–          Avril le héros ne sait plus draguer. Kissinger disait que le plus grand aphrodisiaque c’est le pouvoir, maintenant la célébrité est au coude-à-coude dans la lutte des attributs de séduction. C’est un héros plein de faiblesses, mais il ne va jamais les avouer. Un gentil garçon qui avoue ses faiblesses dans le monde d’aujourd’hui n’a aucune chance d’arriver à ses fins. Rien de tel pour bien draguer qu’un « pire mytho ».

Vous touchez un peu à tout, vous écrivez comme vous parlez, vous n’avez pas peur qu’on vous le reproche ?

–          Si on était aux States, tu ne poserais pas cette question à Mark Wahlberg. Parce que tu aurais peur qu’il te mette une patate. Il a chanté, posé en slip pour CK, produit Entourage, se lance dans une nouvelle série sur le porno. Personne ne te pose de questions si tu débordes de projets. Le mélange des genres est un blocage psychologique purement Français. Ici en France tout le monde veut refaire « Bonjour tristesse ». C’était très bien, il y a 50 ans. Je m’inscris dans mon époque, j’écris pour des gens gavés de musique, de Youtube, de jeux vidéo, de télé. Il faut énormément de volonté pour lire un livre entier en 2011.

Là c’est le moment dramatique où l’on se met à parler de Montaigne, de Basquiat, des Passymal, de Harry Potter (le livre qui a remis les enfants à la lecture ?)et de Shutter Island, et sans transition nous voici déjà en train de parler des « Anges de la télé réalité ».

–          On vit dans une époque qui se réinvente en permanence. On a eu les perdus, la génération X, là on parle de génération Y, 2.0 etc, notre génération qui se pose des tas de questions, et les Z encore plus émotifs qui arrivent derrière. Cette émission (« Les anges de la télé-réalité ») est révélatrice de la vacuité de l’époque. Il faut avoir « un but à L.A. », même pas avoir un talent. D’ailleurs tu ne les vois jamais rien « faire » dans l’émission. Ces gens essaient d’exister, à leur échelle, avec les moyens qui leur sont donnés.

On s’égare un peu à parler de séries, avec des détours sur Entourage et Dexter, le chaînon manquant pour parler de Mauriac. Si si, vraiment. Mauriac disait que s’il n’avait pas été romancier, il aurait été assassin. Killian Arthur a fait ses grands débuts dans une banque à Londres. Plutôt que de buter tous ses collègues, il a préféré revenir à des occupations plus fun en France, même s’il reconnaît que porter les costumes de Patrick Bateman, ça le faisait. Grave. Un auteur pop, je vous le jure. Les références sont clairement annoncées dans le livre : Hollywood Stories, Entourage, Bodyguard, Las Vegas parano, American Psycho, Tueurs-nés, Le Sixième sens, Fight Club. Et même Hamlet !

L’instant Jeopardy : si vous retrouvez les questions, félicitations.

« Je ne veux pas violer de rousse ».

« Le mec qui bosse chez Deloitte pendant 40 ans à en perdre ses cheveux il a beaucoup plus de mérite que moi ».

« Lady Gaga c’est l’espoir de ce début de siècle ! La Françoise Sagan de la pop ! »

Le saviez-vous ? La couverture jaune est plus inspiré de Kill Bill que de Watchmen. Le sang qui gicle plus celui versé par « The Bride » que par « The Comedian ». Et ces smileys ? De l’X ? Ou le symbole de notre communication simplifiée ? Du concentré de bonheur, dans tous les cas.

Un conseil de séduction de Killian Arthur : « L’humour. Un gars qui ne sait pas rire de lui-même est perdu. »

« Glory Boom, c’est un livre sur la solitude et l’isolement qui caractérise notre génération ».

Frédéric Beigbeder ci-dessous a l’air d’accord :

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