L'homme qui pleure de rire Beigbeder

Pourquoi j’ai aimé le dernier Beigbeder, « L’homme qui pleure de rire »

J’avais oublié la sortie de L’homme qui pleure de rire, le dernier roman de Frédéric Beigbeder.

Avant, j’avais des alertes Google qui m’informaient dès que les noms Patrick Bruel, Frédéric Beigbeder ou Sélim Niederhoffer étaient tapés en ligne.

Depuis que j’ai supprimé absolument toutes mes alertes, pour souffler, je rate certaines actualités.

J’ai donc été particulièrement ravi de trouver le nouveau roman de Frédéric Beigbeder L’homme qui pleure de rire, à la librairie Garigliani.

Je l’ai évidemment dévoré en un week-end, comme tous les écrits de l’auteur au menton fuyant.

De quoi parle L’homme qui pleure de rire ?

C’est la fin des aventures d’Octave Parango. Octave, c’était le publicitaire de 99 francs, le talent scout de Au secours, pardon. Ses dernières aventures se passent à la radio, chez France Inter pour être plus précis.

Octave Parango, c’est l’avatar romanesque de Frédéric Beigbeder, qui s’est fait virer de France Inter après une chronique qui n’a pas plu à la patronne de la radio la plus puissante de France.

Je vous en prie, prenez ces 3 minutes pour écouter la chronique. Catastrophique pour les uns, du génie pour les autres : vous vous faites votre avis, si vous connaissez la radio, et le personnage…

Il faut d’abord se replonger dans le contexte : novembre 2018, la France découvre les Gilets Jaunes.

Beigebder a beau vendre du rêve et fréquenter les plus beaux endroits, le déclassement, la chute financière sont présents dès le début du roman, on sent que ça va mal finir, pour tout le monde.

A Paris, on ne se rend plus au Baron, mais au Medellin, quand on parle de ce nouveau club qui a ouvert rue Marceau. La nuit d’ouverture de ce nouveau club signera la fin de l’aventure radiophonique d’Octave.

L’homme qui pleure de rire s’attaque aux dérives de notre société du divertissement, où le rire nous aliène, nous tyrannise.

Le rire, c’est du sérieux, et toute l’émission matinale doit être traitée avec le plus grand des sérieux, comme le prouve ce passage, page 83, qui décrit l’ambiance qui règne dans la Maison Rouge.

L'homme qui pleure de rire

C’est pour ça que j’aime bien faire de la radio en direct. Les podcasts aussi, c’est sympa (salut les copains de Oh.My.God, l’émission sur les séries), mais ça s’édite, ça se monte.

Avec le direct, l’adrénaline est maximale !

Les défauts de l’homme qui pleure de rire ?

Beigbeder se plaint, comme tous les gens qui pensent trop, comme tous les vrais émotifs.

Il se plaint de sa précarité à la radio, déplore sa perte de notoriété, proteste contre sa vieillesse inéluctable.

Mais a-t-il jamais écrit pour autre chose que se plaindre ? Heureusement, il se plaint bien !

Je regrette aussi… la fin, comme souvent dans les romans de Freddy.

Frédéric n’aime pas finir, et il le dit lui-même dans ce nouveau roman, je ne vous spoile rien. J’avais déjà été légèrement déçu par la fin d’Une vie sans fin.

Enfin, j’ai sauté les deux pages écrites en émoji : dans un roman, c’est compliqué. Je les ai aussi sautées par jalousie : j’ai écrit mon premier roman émoji en 2012, déjà !

Mais malgré ces quelques défauts, j’ai tourné les pages sans m’arrêter !

Ce que j’ai aimé dans L’homme qui pleure de rire

Jouer à retrouver les vrais noms des chroniqueurs

Les animateurs radio et choniqueurs qui ont côtoyé l’auteur d’Oona et Salinger ont des noms fictionnels qui rendent le début du roman très sympa à suivre.

Claude Askolovich est Dominique Gombrowski. Ils s’aiment bien, ils s’apprécient.

Léa Salamé est Laura Salomé.

Sonia Devillers est Sylvia Villerde. Du verlan, facile.

Nicolas Demorand est Nathan Dechardonne, un « bulldozer ». On sent que la relation a été tendue, ou pire, inexistante avec Demorand.

Antonin Tarpenac est l’avatar d’Augustin Trapenard, Fabrice Guetty celui de Bernard Guetta (frère de David).

Les deux Belges, Charline et Alex Vizorek deviennent Charlotte Vandermeer et…

Enfin, Pablo Mira, le meilleur des chroniqueurs selon Beigbeder, devient Pedro Mika.

Chaque chapitre du dernier Beigbeder représente une heure de temps

La construction du livre respecte l’unité de temps.

On suit Octave Parango pendant une nuit de fantasmes, d’aventures, de regrets, qui démarre à 19 heures chez Sephora, se poursuit à 20 heures au Traveller’s Club, et culmine à 8 heures du matin avec sa chronique nucléaire.

J’aime bien cette construction car j’imagine déjà le chrono comme dans 24 heures chrono, pour une adaptation au cinéma, malgré les résultats mitigés de l’Amour dure 3 ans et de l’Idéal, les deux films précédents de Frédéric Beigbeder.

Et l’ajout de la carte de Paris (pardon : de l’ouest parisien, faut pas pousser non plus, au début du livre, donne un côté Tolkien, Martin, un côté fantastique à ces nouvelles aventures de Parango !

Du namedropping en veux-tu en voilà !

Avant de devenir parisien, c’est Beigbeder et Technikart qui m’ont fait découvrir la capitale, depuis la province: les gens, les lieux.

J’aime toujours autant ce qui fait les romans de Beigbeder : des souvenirs des années 70-80, des anecdotes du Caca’s Club, du namedropping qui ne s’arrête jamais.

La Ligue du Lol, #MeToo, Yan Barthès, Blanche Gardin, Alain Chabat, Gilles Deleuze, Bret Easton Ellis, Michel Onfray, Jean-Louis Aubert, Coluche, Karl Lagerfeld, Guy-Man, Christian Audigier, Rachid Taha, Emma Stone, Joey Starr, on reçoit avec plaisir les influences de l’auteur.

Comme les autres romans de Frédéric Beigbeder, L’homme qui pleure de rire est une occasion de découvrir de nouveaux endroits : les boîtes du triangle d’or bien sûr, mais aussi les restaurants du quartier le plus chic de la capitale.

Je suis donc allé googler Ran, un japonais visiblement très haut de gamme du 8ème arrondissement que je ne connaissais pas.

Enfin, j’ai apprécié que le salaire de chroniqueur soit rapporté au prix des parfums Tom Ford, même si ce n’est pas le meilleur parfum Tom Ford.

On peut notamment lire en page 47 « La chronique était payée 250€, soit la moitié d’un flacon de Fucking Fabulous. »

A quoi bon y aller, alors ? Comme tout artiste, et encore plus… comme tout auteur, Frédéric Beigbeder ne pouvait refuser ce défi.

Faire de la radio lui a permis de découvrir un nouvel univers… ce qui allait nourrir sa réflexion et son imagination pour une nouvelle oeuvre, bien évidemment.

Verdict ? J’ai passé un très bon moment avec L’homme qui pleure de rire. Pas le meilleur des livres de l’ancien publicitaire, mais c’est lui, encore lui, toujours lui.

En clair : ceux qui aiment Beigbeder aimeront, ceux qui ne l’aiment pas liront autre chose.

L’homme qui pleure de rire, Grasset
317 pages, 20,90€

Sélim, 🤣

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