non merci

7H30 un Mardi à Paris, « NON MERCI »

« Non merci. » Je sens bon, j’étais dans la douche il y a encore 10 minutes.

J’ai une tête tout à fait convenable selon les standards parisiens en vigueur : lunettes, barbe de 10 jours, et même s’il n’est que 7:30 ce matin et que je n’ai pas encore avalé mon café, mon haleine est fraîche.

Dans le métro, je trouve ma place facilement à cette heure-ci, et rêvasse depuis 10 secondes quand une feuille blanche s’envole du livre de la jeune brune devant moi.

J’ai eu le temps de détailler sa silhouette, cachée sous un gros manteau d’hiver. Elle a de beaux cheveux, de belles mains et lit Les 5 blessures qui empêchent d’être soi-même, un ouvrage clef du rayon développement personnel.

De son livre s’échappe un gros marque-page qui virevolte brièvement pour venir s’écraser sur le sol crade de la rame de métro.

La conspiration masculine se met alors en marche : mon voisin assis ramasse le marque-page, une photo, puis me la tend.

C’est donc à moi que revient la tâche de rendre à la dame le marque-page. Elle est légèrement devant moi, elle est concentrée dans son ouvrage.

Je me demande si je dois passer devant elle, me planter devant elle et lui tendre le marque-page. Dois-je lui dire « Madame ? », comme à la dame qui a fait tomber une rose dans la rue, samedi soir ? Dois-je lui dire « Excusez-moi… » comme tous les mauvais dragueurs qui s’excusent toujours avant d’aborder une fille ?

J’ai opté pour un petit tapotement sur le biceps, rien de sexuel, avec ma main droite, pendant que ma main gauche lui tend la photo de famille de ses grands-parents.

Elle se retourne, et de son plus beau visage me déclare « Non merci ». Avant de voir qu’il s’agissait de son marque-page, rien d’autre. Aucune tentative de séduction sur cette jeune femme.

Le mec assis et moi, on se regarde et on explose de rire. « Non merci ». L’agacement de la fille qui se fait harceler en permanence. Pas un mot de plus, ni de sa part, ni de la mienne.

En tant qu’homme, c’est très dur pour moi de me mettre à sa place. Je ne sais pas ce qu’elle a vécu. Je ne connais rien d’elle. Je ne sais pas combien de fois elle se fait aborder par jour par des mecs pas très avenants. Je ne sais pas si elle rejette tout le monde de la sorte.

Il est 7H30, un mardi de Saint Valentin à Paris, et une inconnue vient de me dire « Non merci », comme si j’étais un vendeur de roses.

J’avais envie de lui souhaiter bonne lecture, j’avais envie de lui dire « vous, vous devez en avoir vraiment besoin de ce livre », j’avais envie de lui dire que je ne venais pas pour lui souffler de la scopo à la tronche.

Au final, j’ai regardé le mec assis et on s’est marré. Et bonne Saint Valentin quand même !

Sélim, coach en séduction sympa.

3 comments on “7H30 un Mardi à Paris, « NON MERCI »”

  1. Par pitié dites-moi qu’elles ne sont pas toutes comme ça haha !
    ça me rappelle un week-end à Lyon, lorsque je demandais mon chemin aux passants, on aurait dit des robots… L’humanité tendrait-elle à disparaître ?

  2. Evidemment elles ne sont pas toutes comme ça, c’était juste une envie de partager cette petite histoire mignonne avec vous !

  3. « J’avais envie de lui souhaiter bonne lecture, j’avais envie de lui dire « vous, vous devez en avoir vraiment besoin de ce livre », j’avais envie de lui dire que je ne venais pas pour lui souffler de la scopo à la tronche.  »

    La vraie question, c’est « pourquoi tu ne lui as pas dit ? ». Pourquoi tu es resté silencieux face à ce que, dans d’autres circonstances, on appellerait un shit test ou une LMR ? Y avait tellement de façons de rebondir… Je suis un peu déçu, en fait…

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