Metro

Le poids de la légèreté

De temps à autre je partagerai avec vous certaines histoires qui me sont arrivées.
Parfois des collaborateurs pourront à leurs tours nous raconter leurs légendes.
De séduction. De déduction. De curiosité.

Si vous avez des récits épiques dont vous souhaitez nous faire part, c’est ici.

Certains sont meilleurs lorsqu’ils sont complètement libres de leurs mouvements, d’autres ont besoin de temps pour planifier la stratégie d’approche idéale, comme s’ils gravissaient l’Everest.

Ce jour-ci, Dieu et la RATP m’accordaient trois stations de métro. Brune, fine, visage angélique, elle allait me mettre en retard pour ma réunion mais que diable ! Mes associés ont l’habitude de mes retards injustifiables. Bon, comment procéder ? Déjà, je retire mes écouteurs. Ce sera plus facile pour entendre si elle répond.
Elle va répondre, je veux qu’elle réponde, s’il vous plaît mademoiselle répondez-moi. Je me concentre sur ses cheveux, son sac à main, ses ballerines, rien de vraiment exploitable pour entamer une conversation. Dans ses mains, un livre. Magie. Me voici paré. Un coup d’oeil rapide au bouquin. Je m’étouffe. « Je n’arrive pas à maigrir ». Ah. La fille est parfaite, 36 ? 38 ? 40 ? Harmonieuse.
C’est une blague ce bouquin ? Une caméra cachée pour voir combien vont oser lui parler ? Autant en avoir le coeur net. Le métro arrive dans une minute.
Y aller maintenant, c’est l’assurance d’être coupé par le freinage infernal, et l’obligation de réamorcer la conversation.
Je choisis donc d’attendre d’être dans le wagon pour lui déclarer avec mon plus beau sourire :
« – C’est fou, j’ai le problème inverse. Je n’arrive pas à grossir. J’ai beau me gaver de cochonneries, je ne prends pas un gramme. Allez, maintenant qu’on se connaît, vous pouvez me l’avouer : vous préparez un exposé sur ce bouquin ?
– Hihi…
Pas le temps à perdre, je n’ai que deux autres arrêts
.

– Ecoutez, je vous propose d’en discuter autour d’un café un de ces jours. J’ai vraiment l’intention d’avoir des enfants parfaits. Alors je me dis qu’avec vos problèmes de vue et mes problèmes de poids, on pourrait faire des choses pas mal. Ca vous dit une expo sur « Blablabla » (Note au lecteur : remplacez « blablabla » par la première expo qui vous vient à l’esprit) ?
Les critères de beauté des maîtres étaient vraiment différents, je pense que ça pourrait être instructif et très drôle de vous écouter parler de ce que vous voyez. Si vous vous trouvez grosse, je me demande vraiment comment vous allez réagir au musée !

Regard curieux, elle veut savoir si je suis un psychopathe.
La réponse est oui, mais ses problèmes de vue l’empêchent d’y voir clair.
– Pourquoi pas. Je ne suis pas à Paris souvent, juste les week-ends pour voir mon…
Pas petit-ami, pas petit-ami, pas petit-ami. Mon esclave, mon père, mon Martre, pas petit-ami.
– Frère jumeau.
– Oh l’angoisse ! Vous ne me faites pas un coup tordu, du genre m’envoyer votre frère à votre place, n’est-ce pas ? J’ai déjà été exploité sexuellement par des soeurs jumelles, maintenant je me méfie. Votre livre m’a tellement envoûté que j’ai oublié de me présenter. Enchanté, Sélim. Vous êtes ?
– Belen.
– Je réserve les billets pour le week-end prochain, et je vous appelle au ?
– 06.XX.XX.XX.XX (c’est son vrai numéro, vous pouvez l’appeler).
– Au revoir Belen. »

Le fait qu’elle adore la peinture, c’est un coup de chance, il fallait avoir l’inspiration, la clairvoyance, l’intuition : appelez ça comme vous voulez. Ca se travaille, ça se développe.
Profitez de ces horribles trajets en métro pour affiner votre sens de l’observation, améliorer votre perception des détails. Pas des odeurs, je vous l’accorde, le métro n’est pas le meilleur endroit pour cela. Livres, magazines, journaux gratuits, prenez n’importe quel support comme prétexte pour aller entamer la conversation. Lire, un vrai piège à filles ? Je file, j’ai un cours de rattrapage sur l’Histoire de l’art.

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