House of Cards season 3 portrait

House of Cards saison 3 : gare à l’effet Prison Break !

Mise en garde : cet article sera rempli de spoilers. Si vous n’avez pas vu la saison 3, ne le lisez pas. Si vous n’avez pas encore fini la saison 2 de House of Cards, ne continuez pas la lecture de cet article. Si vous n’avez pas vu la saison 1, pourquoi avez-vous cliqué ?

La conquête du pouvoir : la promesse forte de House of Cards au cours des deux premières saisons, c’était ça ! On était sur les talons de Frank Underwood, on le suivait partout pour entrer dans le bureau ovale avec lui et Claire.

Une analogie avec mon job de coach en séduction me vient à l’esprit : dans les deux premières saisons de House of Cards, on veut séduire cette fille (la Maison Blanche). Dans la saison 3, il faut apprendre à la garder. Et rien n’a préparé Frank Underwood aux défis qui l’attendent maintenant qu’il est au sommet de l’état. Que vaut cette saison 3 de House of Cards ?

Retour au réalisme dans la saison 3 de HoC

Casting House of Cards season 3

J’avais failli raccrocher les gants à la fin de la saison 2. Beau Willimon, le scénariste, m’a déçu sur une scène en particulier. Celle de la mort de Zoe Barnes. Pas crédible.

Dans House of Cards comme dans la vraie vie, un personnage politique aussi important a ses services secrets, a ses barbouzes pour s’occuper de la sale besogne. Vous imaginez vraiment un homme politique s’occuper lui-même de la suppression de ses opposants ?

Cette saison 3 de House of Cards est donc moins bien farfelue en termes de rebondissements, elle nous prend donc rarement par surprise, mais nous plonge dans les contraintes, usantes, de l’exercice du pouvoir. Elle ramène Frank Underwood à la réalité : il n’y a pas de pouvoir absolu, car sans argent, sans soutien de son parti, et sans celui de sa chère femme, le château de cartes risque fort de s’effondrer…

Un House of Cards au coeur de l’actualité

House of Cards Petrov Underwood

C’est avec un réel plaisir qu’on retrouve Lars Mikkelsen (le frère aîné de Mads) dans le rôle du président russe Petrov. Ce président Poutine plus vrai que nature a le pouvoir de s’opposer à Underwood : il en a le titre, le prestige et la volonté. Collaborer avec les Américains ? Aucun intérêt pour lui, ce vétéran qui a fait l’Afghanistan et tué un homme à mains nues.

L’affrontement symbolique entre les deux hommes est un vrai plaisir à regarder, et c’est Claire qui en fera les frais. La sortie de route de Claire marque le début de la fin : elle prend une direction différente de celle fixée par le couple…

Claire Underwood House of Cards

Ce président Petrov permet aussi d’introduire les opposants au régime russe : les Pussy Riots invitées à un dîner officiel, un activiste gay condamné à mort en Russie permettant de relancer le débat sur les positions du président actuel.

L’écriture de cette saison 3 est plus lente, mais plus intéressante, typiquement quand on effleure le sujet des relations diplomatiques au Moyen Orient, entre Israël, la Palestine et la Syrie.

Mais à mon sens, un des points-clefs soulevé par cette saison 3 de House of Cards est la place des femmes. Les inégalités salariales, la place de la mère sont au coeur du débat tripartite en Iowa, lors de l’opposition Underwood, Sharp, Dunbar. Et si on parle « place de la femme » dans House of Cards, on parle forcément de la place de Claire Underwood, l’épouse modèle, la First Lady dans l’ombre. Comment ne pas penser au rôle grandissant des first ladies autour du monde, de Michelle Obama non voilée en Arabie Saoudite aux maîtresses frondeuses de notre président Hollande ?

Encore plus d’irrévérence et de provocation

Underwood pissing grave

J’irai cracher sur vos tombes, c’était bien trop sympa comme titre. Dans la séquence d’intro de la saison 3, le nouveau président, élu sans aucune voix en sa faveur (faut-il le rappeler) est au fond du gouffre dans les sondages. Sa popularité est au plus bas, il se rend donc dans sa ville natale, sur la tombe de son père. On le comprendra plus tard : un alcoolique qui a dû avoir la main lourde quand Frank Underwood était enfant.

L’image de cette tombe souillée, le reniement de ce passé trouble tranche avec les propos bienveillants du chargé de communication du président, demandant aux journalistes de respecter son intimité et son chagrin.

Si en France, nous avons Arnaud Montebourg et le miroir qui s’effondre sur lui, dans House of Cards, le Président crache sur un petit Jésus dans une église. Blasphème total, je me demande comment vont réagir / comment ont réagi les Américains. Peut-on cracher sur la foi, sur l’église, dans une série américaine ?

La mort du couple présidentiel

Claire Underwood bath season 3

Si Claire avait déjà douté dans la saison 2, la saison 3 est celle de la mise à mort du couple Underwood. C’est ici que la présence du journaliste Tom Yates prend tout son sens. Cet auteur (séropositif ou pas, les conversations sur le sujet ne sont pas tranchées) incarne l’élément perturbateur qui va tout faire péter entre Claire et Frank.

Il n’est au fond que le révélateur d’un malaise profond, il est présent pour aider Claire à accoucher de la vérité sur ce couple assoiffé de sang et de pouvoir. Les mots qu’elle lui confie lors de la scène du don du sang marquent le début de la fin pour elle, et l’installation profonde d’un doute qui ne la quittera plus jusqu’à la fin de la saison 3.

La scène centrale qui permet de sentir la fin venir ? C’est la scène où les moines tibétains finissent leur travail. Il faut la voir comme une métaphore du travail accompli par Claire et Frank. Un long travail de précision, douloureux. Mais une fois que le travail est terminé, les moines le détruisent. Certes, il reste cette photo prise par Frank et offerte à Claire. « My love, nothing is forever, except us ».

House of Cards Tibet Monks

La route était belle, épuisante mais Claire et Frank ont atteint leur but, la Maison Blanche. Mais à quel prix ? Si dans la saison 2 Claire a dû renoncer à son amant le photographe, cette fois-ci elle est publiquement humiliée par le Président Petrov qui demande sa tête en tant qu’ambassadrice. Par ce mari qui n’arrive pas à la désirer. Pas facile de vouloir coucher avec une femme quand on est gay…

La saison 3 est balisée par ces deux scènes de sexe intrigantes. Déprimé, en larmes, abattu sur le sol de son bureau, Frank se fait baiser par Claire, qui lui insuffle à nouveau la vie et la confiance. Le lendemain matin, il est à nouveau d’attaque pour mener ses projets à bien et ruiner la vie de ses compatriotes.

Les masques tomberont lors de la seconde scène de sexe, où pour tester l’amour de son mari, Claire lui demandera de la baiser. Violemment. Elle ne demandait au fond qu’un retour d’ascenseur par rapport à la première scène, c’est une scène miroir, mais négative. Une manière de boucler la boucle non par la répétition, mais pas l’opposition. Devant l’incapacité de Frank à s’exécuter, elle ne pourra qu’ouvrir les yeux sur cette réalité qu’elle a fui pendant si longtemps, et qu’elle lui assénera froidement : « No Frank, it is you that is not enough ».

CLaire underwood walking away

Elle part. Fin de l’histoire ? Reviendra-t-elle en opposante lors d’une campagne électorale qui s’annonce serrée lors de la saison 4 ? Rejoindra-t-elle le camp adverse ? Fera-t-elle des révélations sur leur couple ? Le livre de Tom Yates sera-t-il publié ? Frank Underwood enverra-t-il des textos pour récupérer son ex ? « Si tu reviens, j’annule tout ? »

Pour en savoir plus, vous pouvez aussi lire les révélations de Beau Willimon sur cette saison 3 de House of Cards !

Vous le saurez dans la saison 4 de House of Cards, qui sera déjà la deuxième saison de trop à mon sens. Alors que Prison Break vendait une évasion de prison puis se perdit en chasse à l’homme, House of Cards nous promettait une ascension, une quête de pouvoir. Cette saison 3 était à mon sens meilleure que la seconde, nous sommes maintenant prêts à suivre Beau Willimon le scénariste dans la destruction de son château de cartes.

Souffler fort, ce serait courageux ! Malheureusement, la série devra rester crédible à mon avis : les hommes politiques se relèvent toujours et ne renoncent jamais, pas besoin d’une série pour l’apprendre.

Sélim, ambassadeur séries et cinéma sur Touch by Médiamétrie.

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